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Cahier des charges site internet : que doit-il contenir

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Cahier des charges site internet : que doit-il contenir

Un cahier des charges de site internet fixe, avant tout devis, ce que le site doit faire, pour qui, avec quelles contraintes techniques et légales. Cinq à quinze pages suffisent. Sa fonction réelle : rendre trois devis comparables et empêcher le périmètre de gonfler en cours de projet.

Ce que ce document tranche, et ce qu’il ne tranche pas

Beaucoup de porteurs de projet confondent cahier des charges et maquette. Le premier décrit des besoins et des contraintes. Le second propose une solution. Inverser les deux revient à choisir la réponse avant d’avoir posé la question.

Le Standish Group suit l’issue des projets informatiques depuis les années 1990. Son rapport CHAOS 2020 classe 31 % des projets comme réussis, 50 % comme en difficulté (retard, dépassement budgétaire ou périmètre amputé) et 19 % comme abandonnés. Le facteur qui revient dans chaque post-mortem : un cadrage flou au démarrage.

Un cahier des charges utile répond à quatre questions, dans cet ordre : pourquoi ce site existe, à qui il s’adresse, ce qu’il doit rendre possible, dans quelles limites de temps, de budget et de technique. Le reste, palette de couleurs, choix du CMS, ton éditorial, se négocie ensuite.

Le document ne dit pas au prestataire comment travailler. Une spécification qui impose une technologie précise sans raison métier se ferme les propositions les plus pertinentes. Décrivez le résultat attendu, laissez le moyen ouvert, sauf contrainte réelle : un CRM déjà en place, une équipe interne formée à un outil, un hébergement imposé par votre groupe.

Qui tient la plume

L’auteur est le commanditaire. Un prestataire qui rédige lui-même le document servant à le juger produit un texte taillé pour son offre, jamais pour votre besoin. Rien n’interdit de faire relire la version finale par un professionnel, ou de payer un atelier de cadrage de quelques heures si le projet dépasse le site vitrine classique.

Dans une TPE, une seule personne rédige et deux relisent : celle qui vendra grâce au site, celle qui l’alimentera au quotidien. Cette double relecture évite le piège du document écrit par un dirigeant qui ne publiera jamais une seule page.

Deux personnes annotent au crayon un document imprimé posé sur une table en bois clair, dans un bureau lumineux

Les huit blocs d’un cahier des charges de site internet

La trame ci-dessous couvre les projets de site vitrine, de site de contenu et de petit e-commerce. Chaque bloc tient en une demi-page à une page.

1. Le contexte et l’objectif chiffré

Décrivez l’activité, le marché, la zone de chalandise et l’existant numérique. Puis fixez une cible mesurable : générer quinze demandes de devis par mois, réduire de moitié les appels téléphoniques pour des questions déjà traitées, vendre en ligne trente commandes mensuelles.

Le Baromètre France Num 2025, publié en septembre 2025 par la Direction générale des Entreprises auprès de 11 021 TPE et PME, indique que 64,6 % d’entre elles disposent d’un site web. Exister ne distingue plus personne. Le site doit servir un usage précis, et cet usage s’écrit noir sur blanc dès la première page.

2. Les cibles et leurs parcours

Deux à trois profils suffisent. Pour chacun, notez le déclencheur, la question qu’il se pose et l’action attendue :

  • Le prospect pressé qui cherche un prestataire local et veut un numéro de téléphone en trois secondes
  • Le prospect comparateur qui lit trois pages avant de demander un devis
  • Le client existant qui cherche une facture, un horaire ou un formulaire de SAV

Ces profils commandent l’arborescence et la hiérarchie visuelle. Sans eux, la home devient une vitrine plate où tout se vaut.

3. L’arborescence et les gabarits

Listez les rubriques, leur profondeur et le nombre de pages par rubrique. Distinguez ensuite les gabarits, c’est-à-dire les modèles de page à concevoir une seule fois : accueil, page de service, article de blog, page de contact, page légale.

Un site de douze pages tient souvent sur quatre gabarits. Le prestataire chiffre les gabarits, pas les pages. Cette distinction change le devis du tout au tout.

4. Les fonctionnalités, triées par priorité

Le tri vaut plus que la liste. Classez chaque fonctionnalité en trois niveaux : indispensable au lancement, souhaitable en version deux, écarté pour l’instant. Un formulaire de contact avec accusé de réception est indispensable. Un configurateur de devis en ligne relève rarement du premier lot.

Pour chaque fonctionnalité retenue, précisez le comportement attendu en une phrase : qui déclenche, ce qui se passe, où arrive le résultat. Cette phrase de comportement devient plus tard un critère de recette vérifiable.

Post-it de couleurs alignés en trois colonnes sur un mur blanc, lumière naturelle rasante, aucun texte lisible

5. La ligne graphique et les références

Fournissez ce qui existe : logo en fichier vectoriel, codes couleurs, polices, charte si elle est formalisée. Ajoutez trois à cinq sites que vous trouvez réussis, avec une ligne d’explication pour chacun. Un site cité sans motif n’apprend rien au designer.

Notez aussi les interdits : une couleur utilisée par un concurrent direct, un style qui trahit votre positionnement, un carrousel dont vous ne voulez pas.

6. Les contenus et leur production

C’est la ligne qui fait déraper les plannings. Précisez qui rédige les textes, qui fournit les photos, qui valide, et sous quel délai. Trois cas de figure : vous fournissez tout, le prestataire rédige, ou vous partagez la charge rubrique par rubrique.

Une rédaction externalisée se chiffre au nombre de pages et au volume par page. Un projet où le client s’engage à fournir vingt textes et n’en livre que six finit décalé de deux mois, sans que personne ne soit fautif au sens contractuel. Notre méthode pour créer un site vitrine professionnel détaille les pages à prévoir dès le départ.

7. Le budget, le calendrier et les jalons

Annoncez une fourchette et une date de mise en ligne souhaitée, puis découpez en jalons datés : validation de l’arborescence, livraison des maquettes, intégration, recette, mise en ligne. Un jalon sans date n’existe pas.

Le Baromètre France Num 2025 relève que 66 % des TPE et PME consacrent moins de 300 euros par an à leur présence en ligne. Ce chiffre situe le décalage fréquent entre les attentes et les moyens engagés : mieux vaut le regarder en face au moment du cadrage qu’à la réception des devis.

8. Le cadre contractuel

Quatre points à écrire, même en trois lignes chacun :

  • Propriété du code, des fichiers sources graphiques et des accès (nom de domaine, hébergement, comptes analytics)
  • Conditions de la recette : durée, nombre d’allers-retours inclus, définition d’un bug bloquant
  • Périmètre de la maintenance après livraison et son tarif
  • Réversibilité : ce que vous récupérez si vous changez de prestataire

Ces quatre lignes évitent la situation classique du site livré dont personne, chez le client, ne détient les identifiants.

Écran d’ordinateur portable affichant un tableau de planning coloré, mains posées sur le clavier, bureau minimaliste

Le volet technique, celui qui coûte cher quand il est oublié

Un cahier des charges technique ne demande pas de compétences de développeur. Il demande de nommer les contraintes que le prestataire découvrirait sinon en cours de route, quand le devis est déjà signé.

Fixer des seuils de performance mesurables

Écrivez des seuils, pas des adjectifs. Google évalue trois signaux de qualité d’expérience, mesurés au 75e centile des visites réelles : le Largest Contentful Paint sous 2,5 secondes, l’Interaction to Next Paint sous 200 millisecondes, le Cumulative Layout Shift sous 0,1. Ces trois valeurs se recopient telles quelles dans le document et se vérifient à la recette.

Ajoutez la compatibilité navigateurs attendue, le comportement mobile et le poids maximal des pages les plus lourdes. Un site rapide se décide au cadrage, pas après le lancement, quand le thème et les scripts tiers sont déjà en place.

Interfaçages, migration et reprise de l’existant

Listez les outils avec lesquels le site doit dialoguer : CRM, logiciel de facturation, agenda de réservation, outil d’emailing, caisse. Pour chacun, notez si une connexion existe déjà ou reste à développer.

Si un site est en ligne, la reprise de l’existant mérite son propre paragraphe : volume d’URL à rediriger, contenus à migrer, historique de positions à préserver. C’est le point que les développeurs web freelances chiffrent le plus différemment d’un devis à l’autre, faute d’information dans le brief initial.

Baie de serveurs éclairée par des diodes bleues dans une salle sombre, plan rapproché sur les câbles réseau

Les obligations légales à inscrire noir sur blanc

Un site professionnel porte des obligations dont le respect se chiffre. Les écrire dans le cahier des charges les fait entrer dans le périmètre facturé, donc dans la recette.

Mentions légales, données personnelles et cookies

La loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 impose l’identification de l’éditeur d’un service de communication au public en ligne. Le défaut de mentions légales expose à un an d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour une personne physique, jusqu’à 375 000 euros pour une personne morale. Le détail des informations attendues figure dans notre article sur les mentions légales obligatoires d’un site internet.

Côté traceurs, la CNIL exige un refus aussi simple que l’acceptation. Ses décisions du 31 décembre 2021 ont sanctionné Google à hauteur de 150 millions d’euros et Facebook de 60 millions d’euros sur ce seul motif. Pour un site de TPE, l’enjeu n’est pas le montant mais la charge : un bandeau conforme, un registre des traitements et une politique de confidentialité représentent une demi-journée de travail qui doit figurer au devis.

Accessibilité : qui est concerné depuis 2025

La directive européenne sur l’accessibilité s’applique depuis le 28 juin 2025. Elle vise les services numériques destinés aux consommateurs (commerce en ligne, banque, transport, livres numériques, télécommunications, médias) et s’appuie sur la norme EN 301 549. Les entreprises de moins de dix salariés réalisant moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel en sont exemptées.

Les contenus publiés après cette date doivent être conformes dès leur mise en ligne, les contenus antérieurs bénéficiant d’un délai jusqu’au 28 juin 2030. Reprendre les critères applicables dans le cahier des charges coûte quelques lignes ; les rattraper après coup impose une reprise d’intégration complète, comme le montre notre dossier sur l’accessibilité numérique d’un site web.

Adapter la trame à sa structure

Le plan reste le même, les priorités changent selon l’émetteur du document.

Association

Le bloc gouvernance prend de l’importance : qui met à jour le site entre deux assemblées générales, quel niveau d’autonomie pour des bénévoles non techniciens, quelle continuité en cas de changement de bureau. Prévoyez une interface d’administration simple et une session de formation dans le périmètre, plutôt qu’un site élégant que personne n’osera modifier.

Commune et structure publique

L’accessibilité devient une obligation ferme, pas une option. L’article 47 de la loi du 11 février 2005, complété par le décret du 24 juillet 2019, impose la conformité au RGAA à l’ensemble du secteur public ainsi qu’aux entreprises privées réalisant au moins 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en France. Le cahier des charges d’une mairie mentionne le référentiel applicable, la déclaration d’accessibilité à publier et le schéma pluriannuel de mise en conformité.

Le document sert alors aussi de pièce de consultation : il doit être autoportant, daté, et suffisamment précis pour permettre une comparaison objective des offres.

TPE, artisan et profession libérale

La contrainte dominante est le temps disponible. Le cahier des charges gagne à réduire le périmètre au strict nécessaire et à préciser la charge côté client : nombre de textes à fournir, délai de validation, disponibilité pour une session de prise en main. Un projet calibré sur quatre gabarits et douze pages se livre en six à huit semaines quand les contenus suivent.

Artisan en atelier consultant une tablette posée sur un établi encombré d’outils, lumière chaude de fin de journée

Les erreurs qui vident le document de sa valeur

Cinq défauts reviennent dans presque tous les cahiers des charges reçus par les prestataires :

  • Adjectifs sans seuil : un site « moderne », « rapide », « ergonomique » ne se vérifie pas à la recette
  • Liste non triée : trente fonctionnalités au même niveau produisent un devis gonflé ou une sélection arbitraire
  • Le budget masqué : les propositions reçues s’étalent alors sur un facteur cinq et deviennent incomparables
  • L’oubli des contenus : le poste le plus chronophage du projet reste sans propriétaire ni délai
  • Technologie imposée sans motif : le choix d’outil précède l’analyse du besoin et ferme les alternatives

Une sixième erreur, plus discrète, consiste à tout demander en un seul lot. Le rapport CHAOS 2020 du Standish Group mesure 61 % de réussite sur les petits projets contre 6 % sur les très gros. Découper un projet ambitieux en deux livraisons successives améliore mécaniquement les chances d’aboutir, et rend le premier devis finançable.

Dernier réflexe utile : faire relire le document par une personne extérieure au projet. Si elle ne comprend pas à quoi servira le site après dix minutes de lecture, aucun prestataire ne le comprendra non plus.

S’en servir vraiment : du document aux devis comparés

Le cahier des charges n’est pas une pièce d’archive. Il devient une grille de lecture. Envoyez le même document à trois prestataires, puis comparez leurs réponses sur quatre lignes seulement : le périmètre retenu au lancement, le prix, le délai, ce qui est exclu.

Les écarts parlent d’eux-mêmes. Un devis nettement moins cher a presque toujours sorti quelque chose du périmètre, souvent la reprise des contenus, la migration SEO ou la recette. Un devis beaucoup plus élevé a parfois compris un besoin que vous aviez sous-estimé : demandez lequel avant d’écarter la proposition.

France Num, le dispositif public d’accompagnement numérique des entreprises, publie plusieurs trames de cahiers des charges téléchargeables gratuitement. Elles font gagner du temps sur le plan type. Le fond, lui, reste à écrire : vos objectifs, vos cibles, vos contraintes.

Prochaine étape : bloquez deux demi-journées cette semaine, rédigez les huit blocs sans chercher la perfection, puis envoyez la version datée à trois prestataires avec une date limite de réponse à quinze jours. Vous saurez alors ce que votre projet vaut réellement, avant d’avoir engagé le moindre euro.